
Mabrouka Khedir, journaliste spécialisée en environnement et développement durable
L’humain et la nature sont profondément liés. Pourtant, nous avons longtemps vécu comme si cette évidence pouvait être mis de côté. Je partage ici mon parcours, mais aussi, peut-être, un peu le vôtre. C’est une histoire de lien retrouvé avec la terre et ce qui nous rend humain. Une histoire de cheminement lent, fait de prises de conscience de responsabilité collective envers les autres et notre planète.
Pendant des années, j’ai exploré les enjeux environnementaux à travers mon travail journalistique. En enquêtant, en documentant, en donnant la parole aux acteurs de terrain, j’apprenais en même temps que j’écrivais. J’observais, je questionnais, et j’essayais, modestement, de semer des graines de conscience écologique.
Peu à peu, cette conscience a dépassé le cadre professionnel. Et avec elle naissait un nouveau comportement personnel, plus conscient et plus sobre. Un pas de plus vers la terre et la responsabilité de la protéger.
Le chemin n’a pas été simple. L’environnement qui nous entoure est en détresse, étouffé par le vacarme de la consommation et par l’accélération de nos modes de vie. Et je n’en étais pas extérieure. Comme beaucoup, je suis la fille de ce capitalisme sauvage, façonnée par un système consumériste qui a ancré en nous des réflexes devenus presque naturel : acheter, accumuler, jeter, recommencer. Reconnaître cela a été une étape essentielle. On ne change pas ce que l’on refuse de regarder en face. Il faut aussi croire en notre capacite a changer a notre niveau. Sans cette foi, toute transformation devient impossible.
Les enseignements de notre Prophète (paix et salut sur lui) m’ont guidé : « Si l’Heure arrive alors que l’un de vous tient dans sa main une jeune plante, qu’il la plante s’il en a la possibilité. »
N’est-ce pas là une invitation à poursuivre le bien jusqu’au dernier souffle ?
Un appel à continuer d’agir, de planter, de faire ce qui est utile, même lorsque la fin semble imminente. Un message de refus du désespoir, de persévérance, et de confiance dans l’action juste.
Le changement commence en nous
Avec le temps, en approfondissant ma relation à la nature, j’ai aussi saisi toute la portée d’une sagesse ancienne rappelée par le livre saint, le Coran :
« Dieu ne change pas l’état d’un peuple tant que celui-ci ne change pas ce qui est en lui-même. »
J’ai compris que le changement environnemental ne commence pas uniquement avec les grandes politiques décidées d’en haut. Il naît dans nos gestes quotidiens, dans les détails de la vie ordinaire : dans la manière dont nous mangeons, éclairons nos maisons, consommons l’eau… C’est ainsi qu’a débuté mon chemin vers une conscience environnementale — une autre manière de vivre, de pratiquer, de partager. Avec, toujours, l’espoir d’inspirer d’autres chemins.
C’est cette conviction qui m’a poussée à créer Cosmos Media, un média dédié à l’environnement. Un espace pour raconter autrement. Pour relier savoir, sagesse, humanité et terre. Pour montrer que l’écologie n’est pas une idéologie abstraite, mais une pratique quotidienne, ancrée dans notre culture et territoires.
L’intelligence des pratiques ancestrales
J’ai appris à regarder autrement nos gestes du quotidien. Longtemps, ces scènes de la vie quotidienne m’ont semblé ordinaires. Avec le temps, elles me sont apparues comme des trésors de sagesse. J’ai compris que le confort ne réside pas dans l’excès, mais dans l’équilibre. Aujourd’hui, nos traditions sont devenues une source d’inspiration pour un mode de vie plus responsable en phase avec la nature et notre humanité. La simplicité n’est plus une nostalgie du passé, mais une inspiration profondément actuelle aux crises que nous traversons. J’ai redécouvert nos pratiques !
Manger ensemble, économiser sans s’en rendre compte
Traditionnellement les familles mangent ensemble dans un même plat. S’était un grand moment de partage. Cette simplicité n’était ni le fruit du manque ni celui de la pauvreté, mais l’expression d’un vivre ensemble et d’une sagesse discrète.
Manger ensemble et laver un seul grand plat plutôt que plusieurs assiettes permettaient, sans même y penser, d’économiser des quantités considérables d’eau. Le partage réduisait le gaspillage, cultivait les relations humaines et nous apprenait le respect de la nourriture.
Ce grand plat, dans son silence, était ainsi une véritable école écologique.
Les vertus de La lumière naturelle
J’éteins désormais les lumières inutiles et laisse au soleil le soin d’éclairer les espaces. Cette lumière naturelle, qui ne consomme aucune énergie et ne laisse aucune empreinte carbone, apporte chaleur et vie.
Je n’ai plus besoin d’un bureau saturé de lumière artificielle. Le cycle naturel du jour, accompagné d’un éclairage discret lorsque nécessaire, suffit à créer concentration et harmonie. Ce n’est ainsi plus seulement la facture d’électricité qui motive cette sobriété.
Vêtements, eau et sobriété
Mon rapport à l’habillement a changé. J’ai cessé de courir après l’accumulation. Les vêtements de seconde main — la fripe, comme on dit en Tunisie — sont devenus un choix éthique réduisant l’empreinte hydrique et offrant une seconde vie. Derrière chaque vêtement, il y a des rivières, des sols, des vies. Un simple jean ou un t-shirt peut engloutir des milliers de litres d’eau.
Dès lors, les vêtements ne furent plus de simples tissus, mais des récits de ressources surexploitées et de rivières épuisées.
Rien ne se perd : eau, déchets et compost
Je lave ma voiture avec un minimum d’eau. En cuisine, je prépare des quantités justes dont j’ai besoin. Dans mon jardin, les déchets organiques deviennent compost.
Rien ne se perd. Tout se transforme. Une boucle naturelle, respectueuse de l’équilibre du vivant.
Stocker l’eau de pluie : la sagesse du majel
Dans les maisons traditionnelles tunisiennes, notamment à Kerkennah, le majel — réservoir d’eau de pluie — incarnait une intelligence écologique remarquable.
Nos aïeux collectaient l’eau avec soin, en harmonie avec les cycles naturels. Une leçon d’humilité face aux ressources.
Partager la planète avec le vivant : les animaux, les plantes
Mon regard sur les êtres vivants s’est transformé. Animaux, insectes, plantes font partie de la nature : chacun joue un rôle important dans un équilibre fragile. L’humain n’est pas le maître de la nature. Il en est une partie.
La simplicité comme horizon
Revenir à la simplicité, à l’essentiel, à ce qui nous rend vraiment heureux, n’est pas un renoncement. C’est une avancée vers une conscience plus profonde du sens de la vie, de ce qui nous relie, et de ce qui nous rend pleinement humains.
Un appel à la bienveillance et la conscience
La conscience environnementale ne peut naître de la culpabilité, mais de la réconciliation entre l’humain et la terre.
Le changement commence par la conscience, puis se traduit dans les pratiques quotidiennes.
Il redonne à l’humain son humanité et à la terre son droit à la vie. Pour nous. Et pour les générations à venir, afin qu’elles héritent d’un monde plus humain et juste.




