Mabrouka Khedir – Fathia Khedir – Cosmos Media
Cosmos Media – en collaboration avec Med Mosaic (Med Mosaic)
La mer Méditerranée figure aujourd’hui parmi les écosystèmes marins les plus fragiles au monde. En Tunisie, des données officielles indiquent une perte d’environ 60 % des stocks halieutiques depuis les années 1990. Ce déclin s’explique principalement par une pêche insuffisamment encadrée et par l’intensification de la pollution, notamment plastique et chimique, issue des activités touristiques, agricoles et industrielles.
Située au cœur du bassin méditerranéen et dotée de plus de 1 300 kilomètres de côtes, la Tunisie mène une lutte discrète mais déterminante pour la préservation de ses ressources marines. Face à la surpêche, à la dégradation croissante du littoral et aux impacts accélérés du changement climatique, les aires marines protégées s’imposent comme un levier stratégique. Elles ont pour objectif de préserver la biodiversité et d’assurer la durabilité des ressources marines pour les générations futures.
Un pari national sur la biodiversité
En Tunisie, les aires marines protégées s’inscrivent dans les efforts nationaux et régionaux visant à préserver la biodiversité en Méditerranée, considérée comme l’une des mers les plus fragiles au monde.
Une vue d’ensemble régionale des zones de non-prélèvement en Méditerranée indique
que la Tunisie a établi trois zones de non-prélèvement au sein de ses espaces marins dans
le cadre de ses efforts en matière d’aires marines protégées (AMP), ne couvrant
qu’environ 0,17 % de sa zone économique exclusive (ZEE).
Ces espaces sont régis par des règles environnementales strictes. Ils ne visent pas à interdire totalement les activités humaines, mais à les encadrer afin de protéger les habitats naturels des espèces marines et de préserver les services écosystémiques.
La Tunisie dispose aujourd’hui d’un réseau en cours d’extension d’aires marines et côtières protégées, devenu essentiel face à la pêche non réglementée, responsable de l’épuisement des ressources halieutiques, avec des pertes estimées jusqu’à 60 % depuis les années 1990.
Ce réseau constitue également une réponse aux différentes formes de pollution, notamment plastique et chimique, liées au tourisme et à l’agriculture, ainsi qu’aux effets du changement climatique, qui accentue l’érosion du littoral et favorise les invasions biologiques.
Dans ce contexte, l’Agence de protection et d’aménagement du littoral (APAL) œuvre à l’élargissement du réseau afin d’atteindre 20 aires marines protégées. L’objectif affiché est de placer 30 % de l’espace marin sous protection d’ici 2030, conformément à la loi n°49 de 2009 et à la stratégie nationale, avec un renforcement de la coopération internationale pour répondre à des menaces partagées.
Cadre juridique : comment créer une aire marine protégée en Tunisie ?
Pour définir les aires marines protégées, la Tunisie s’appuie sur plusieurs accords internationaux, notamment la Convention de Barcelone et les lignes directrices de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Ces références considèrent les aires marines protégées comme des espaces soumis à des règles strictes, destinées à assurer la préservation des écosystèmes et la continuité des services qu’ils rendent.
Le principal défi ne réside toutefois pas dans la définition de ces zones, mais dans leur mise en œuvre. En dépit de l’existence de la loi n°49 de 2009, la Tunisie ne dispose pas, à ce jour, d’un cadre juridique spécifique et global encadrant les aires marines protégées de manière autonome. Leur gestion repose ainsi largement sur des programmes de co-gestion associant l’État et des organisations environnementales locales.
Le processus de création débute par l’identification de la zone concernée, suivie du lancement d’une consultation publique. Des études scientifiques sont ensuite menées afin d’évaluer les enjeux écologiques. Le projet est présenté par l’Agence de protection et d’aménagement du littoral (APAL) au Conseil national des réserves, avant d’être soumis à approbation et à la fixation des procédures administratives nécessaires. Cette étape inclut l’élaboration des plans de gestion ainsi que l’implication des partenaires locaux et des associations. Dans certains cas, des mesures de protection peuvent être appliquées avant même l’annonce officielle de l’aire protégée.
Dans ce contexte, Mehdi Belhaj, directeur général par intérim de l’APAL, a déclaré lors d’un entretien accordé à Cosmos Media :
« Des études sont prêtes et une vision globale existe. Toutefois, il est nécessaire de publier des textes réglementaires qui définissent clairement ces zones et leur classement. Certaines doivent être des réserves strictement fermées, en raison de la fragilité de leurs écosystèmes, tandis que d’autres peuvent être plus flexibles, avec une pêche encadrée. »
Il a également insisté sur l’importance du cadre légal : « Le volet législatif est essentiel. Des échanges sont en cours avec les services chargés de la législation à la présidence du gouvernement. Mais le volet opérationnel l’est tout autant : il faut des moyens de contrôle, de constat et de dissuasion. »
Mehdi Belhaj a par ailleurs indiqué que la Tunisie s’inspire des expériences de plusieurs pays méditerranéens, notamment la Grèce et l’Italie, et a évoqué de futurs partenariats avec la Grèce dans le domaine des aires marines protégées. Soulignant l’importance stratégique de ces zones, il a rappelé :
« La Tunisie abrite près de 60 % des herbiers de posidonie en Méditerranée. Cela explique l’attention particulière portée par l’État au littoral et la recherche de financements pour la mise en place d’aires marines protégées. »
Les principales aires marines protégées en Tunisie
Le nombre d’aires marines protégées officiellement annoncées en Tunisie s’élève actuellement à quatre sites majeurs. D’autres zones et projets sont toutefois en cours de préparation ou d’extension. Ces initiatives s’inscrivent dans les efforts nationaux, appuyés par des programmes régionaux et internationaux, visant à préserver des écosystèmes méditerranéens particulièrement fragiles.
Parmi les sites les plus emblématiques figurent les îles Kuriat, situées au large de Monastir. Elles comptent parmi les premières et les plus importantes aires marines protégées du pays. Ce site constitue notamment une zone majeure de nidification de la tortue marine Caretta caretta, une espèce menacée à l’échelle mondiale. Les îles abritent également une biodiversité remarquable, tant en poissons qu’en oiseaux marins, ce qui en fait un espace de référence pour la recherche scientifique. Des restrictions strictes de pêche y ont été instaurées dans certaines zones, tandis que les activités touristiques sont étroitement encadrées, dans l’objectif de concilier protection de l’environnement et retombées économiques durables.

En juillet 2025, le ministre de l’Environnement, Habib Obeid, a annoncé la création de la première aire marine protégée nationale en Tunisie, dans le gouvernorat de Monastir, sous l’appellation « Réserve des îles Kuriat ». Cette décision vise à renforcer la protection de la biodiversité marine et côtière face aux pressions croissantes liées au changement climatique, à la pollution et à la surpêche. Elle s’inscrit dans une stratégie nationale plus large de consolidation de la gouvernance environnementale marine.
Dans le nord du pays, la réserve de Zembra et Zembretta figure parmi les zones naturelles les plus riches, tant sur le plan terrestre que marin. Elle abrite d’importants herbiers de posidonie, essentiels à la reproduction des poissons et à la purification de l’eau, ainsi qu’un habitat clé pour plusieurs espèces d’oiseaux marins rares. Cette richesse écologique nécessite un encadrement rigoureux des activités humaines.
Au sud, les îles Kneiss, situées dans le golfe de Gabès, présentent une importance écologique majeure, notamment pour les oiseaux migrateurs et les espèces de poissons côtiers. Cette zone illustre le rôle central des aires marines protégées dans le soutien à une pêche traditionnelle durable, en permettant la protection des périodes de reproduction et la régulation des pratiques d’exploitation.
L’archipel de La Galite, à l’extrême nord-ouest du pays, complète ce réseau. Il s’agit de l’un des sites les plus anciens classés d’intérêt particulier en Méditerranée, reconnu pour sa diversité marine et ses paysages naturels. Il constitue aujourd’hui un pilier du réseau national des aires marines protégées.
Le golfe de Gabès, quant à lui, est considéré comme l’une des zones les plus riches en biodiversité de toute la Méditerranée, en raison notamment d’un régime de marées unique dans la région. Il abrite une grande variété de poissons et de mollusques et représente une source de revenus essentielle pour des milliers de pêcheurs.
Dans ce contexte, Hamed Mellat, chercheur en sciences marines, a souligné dans un entretien accordé à Cosmos Media que « les îles Kerkennah, dans le golfe de Gabès, constituent un modèle unique de coexistence historique entre l’homme et la mer. Elles conjuguent richesse naturelle et pratiques de pêche traditionnelle durable, ce qui a conduit à leur intégration parmi les projets futurs d’aires marines protégées ».
Réserve marine de Kerkennah : un modèle d’équilibre entre l’homme et la mer
Les îles Kerkennah, situées au large de Sfax, figurent parmi les zones marines à plus forte valeur écologique en Tunisie et dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Leur singularité réside dans le fait qu’elles ne constituent pas uniquement un espace naturel d’une grande richesse, mais aussi un exemple historique rare de coexistence équilibrée entre l’homme et la mer. Cette relation durable a renforcé l’intérêt accordé à Kerkennah dans les politiques nationales et méditerranéennes de protection de l’environnement marin.

La réserve marine de Kerkennah se situe dans la partie orientale de l’archipel, une zone habitée et directement exploitée par la population locale. Cette zone marine revêt une importance écologique majeure. Elle abrite de vastes superficies d’herbiers marins, en particulier de posidonie, considérée comme l’un des piliers fondamentaux des écosystèmes côtiers. Ces herbiers offrent des habitats naturels essentiels à la reproduction des poissons et des mollusques, contribuent à la stabilisation des sédiments et participent à la purification de l’eau, renforçant ainsi la santé globale et la stabilité biologique du milieu marin.
Kerkennah se distingue également par une biodiversité remarquable. Elle accueille un grand nombre d’espèces de poissons côtiers et d’organismes marins, tout en constituant une zone importante pour les oiseaux marins et migrateurs. Ces caractéristiques expliquent son classement parmi les zones prioritaires dans les programmes nationaux de protection marine.
Sur le plan réglementaire, Kerkennah est reconnue comme une zone marine d’intérêt écologique particulier. Il ne s’agit pas d’une réserve totalement fermée, mais d’une aire marine protégée à usage encadré. Ce statut repose sur le principe de concilier la préservation de l’environnement avec la poursuite des activités traditionnelles, notamment la pêche artisanale.
À l’échelle mondiale, Kerkennah est connue pour une méthode de pêche traditionnelle durable appelée « charfiya ». Cette technique repose sur des pièges fixes respectant les cycles naturels de reproduction, sans provoquer l’épuisement des ressources halieutiques. Ce patrimoine éco-culturel a fait de l’archipel une référence dans les débats internationaux sur la pêche durable.
Malgré cette importance écologique et culturelle, la zone marine de Kerkennah fait face à de nombreux défis accumulés. La pêche non encadrée et l’utilisation d’engins illégaux figurent parmi les principales menaces, avec un impact direct sur l’équilibre écologique et les stocks de poissons. La région souffre également d’une pollution côtière croissante, principalement liée aux activités industrielles et aux ports voisins, à laquelle s’ajoute la pollution plastique. Par ailleurs, les herbiers marins connaissent un recul notable dans certaines zones, sous l’effet du changement climatique et de l’élévation de la température de l’eau. À cela s’ajoute une forte pression économique et sociale sur les pêcheurs locaux, rendant la protection de l’environnement encore plus complexe.

Face à cette situation, des solutions s’imposent. Elles doivent impérativement intégrer la dimension sociale en parallèle de la dimension environnementale, tout en renforçant la sensibilisation et le contrôle effectif.
Dans ce contexte, Hamed Mellat, chercheur en sciences marines, a déclaré à Cosmos Media que « la réserve marine de Kerkennah est un espace environnemental d’une importance capitale ». Il précise qu’elle s’étend sur environ 1 087 km² et comprend quatre zones principales : El Attaya, El Jawaber, El Khraieb et El Qaratine. Selon lui, la réserve vise avant tout à protéger et à surveiller l’écosystème marin, notamment une biodiversité parmi les plus riches et les plus importantes de la Méditerranée.
Ce travail de protection inclut des éléments environnementaux essentiels, au premier rang desquels figure la posidonie. Celle-ci joue un rôle environnemental et économique majeur : elle constitue une véritable nurserie naturelle pour les poissons et les organismes marins, contribue à la production d’oxygène et protège les côtes de Kerkennah contre l’érosion et l’affouillement.
La réserve marine est gérée par l’Agence de protection du littoral, en collaboration avec l’association environnementale locale « Association El Qaratine pour le développement durable et la culture ». Hamed Mellat y agit en tant qu’observateur environnemental. Il souligne que l’un des objectifs prioritaires de la réserve est la protection du bivalve Pinna nobilis, connu localement sous le nom de « karn el hrich », une espèce gravement menacée d’extinction en Méditerranée. Bien qu’elle soit encore présente à Kerkennah, son taux de mortalité reste très élevé.
La protection du poulpe figure également parmi les priorités, cette espèce représentant une ressource économique essentielle pour les habitants de l’archipel. L’année en cours a d’ailleurs été particulièrement difficile en raison de la rareté du poulpe, avec des répercussions directes sur la situation des marins. Cette réalité confirme le caractère profondément interconnecté de l’écosystème marin, où il est impossible de traiter une espèce indépendamment des autres composantes.
Dans le cadre de ses activités, l’Association El Qaratine assure également le suivi des oiseaux d’eau migrateurs, notamment durant les périodes de migration et de nidification. Elle s’intéresse aussi à l’évolution des stocks de poissons et à l’étude des habitudes biologiques des espèces marines. Kerkennah constitue par ailleurs une zone clé pour l’alimentation des tortues marines lors de leur migration en Méditerranée.
Hamed Mellat indique que la disparition du « nashaf » et la pratique d’une pêche anarchique figurent parmi les principaux défis actuels. Autrefois ressource économique importante pour les marins, le nashaf est aujourd’hui devenu extrêmement rare, ce qui a conduit au lancement d’un programme de recherche scientifique visant à comprendre les causes de ce déclin et à y remédier.
Il met également en garde contre les dangers de la pêche anarchique, notamment le chalutage en eaux peu profondes, qui détruit les herbiers de posidonie, élimine les poissons et les organismes marins et perturbe l’équilibre de l’ensemble de l’écosystème. À cela s’ajoute la pollution causée par les filets plastiques perdus, appelés localement « drain », qui continuent à pêcher de manière incontrôlée et permanente, constituant une véritable catastrophe écologique et économique.
En conclusion de son entretien avec Cosmos Media, Hamed Mellat estime que Kerkennah, à l’instar de La Galite et de Zembra, progresse vers la régularisation de son statut en tant que réserve marine officielle. Ces dernières années, plusieurs initiatives ont vu le jour pour intégrer l’archipel au réseau des aires marines protégées, en misant sur l’implication active des pêcheurs et de la communauté locale dans la gestion des ressources. Cette approche considère l’être humain comme un partenaire de la protection, et non comme une menace, et apparaît aujourd’hui comme une option stratégique pour garantir la durabilité des ressources marines tout en préservant les moyens de subsistance traditionnels.

Ghannouch : quand le pêcheur devance l’État…
En Tunisie, malgré des avancées notables sur les plans juridique et organisationnel — procédures officielles de désignation, consultations publiques et plans de gestion — la réalité du terrain révèle un besoin urgent de renforcement de la mise en œuvre. Ce soutien est indispensable pour assurer l’application effective des lois et répondre plus efficacement aux défis auxquels font face les aires marines protégées.
Parallèlement, la Tunisie ne s’est pas contentée d’adopter des textes juridiques ou de délimiter des zones sur des cartes. Elle a su intégrer les communautés locales et les organisations de la société civile dans la gestion des aires marines protégées. Mieux encore, certaines de ces aires sont nées d’initiatives populaires, portées directement par les pêcheurs eux-mêmes.
C’est le cas de l’expérience menée dans la ville de Ghannouch, en partenariat avec le Fonds mondial pour la nature (WWF). Sassi Alya, marin et acteur clé de cette initiative dans le gouvernorat de Gabès, témoigne auprès de Cosmos Media :
« Tout a commencé par une idée simple : protéger une petite zone de mer. Après concertation avec nos adhérents, nous avons décidé de suspendre totalement la pêche dans cette zone pendant six mois. L’adhésion a été totale : 100 % des marins ont suivi. Durant cette période, nous avons immergé des régimes de palmes pour favoriser la ponte des coquillages et installé des récifs artificiels servant de refuge à la reproduction des poissons. »
En seulement six mois, les résultats se sont révélés probants.
« Le retour a été impressionnant », souligne Sassi Alya. « Cette expérience a démontré que les aires marines protégées sont une solution efficace et applicable sur les côtes tunisiennes. Elles permettent de reconstituer les ressources halieutiques, de renforcer le stock national et d’assurer la durabilité de la pêche, en particulier la pêche côtière artisanale. »
À travers ce témoignage, la réserve marine n’apparaît plus comme un simple espace interdit, mais comme un projet collectif, porté à la fois par la mer et par ceux qui en vivent.
Dès lors, une question centrale se pose : quelle trajectoire pour la Tunisie ?
Dans leur principe, les aires marines protégées visent à préserver la biodiversité et à protéger les espèces marines menacées. Elles contribuent également à la sauvegarde des ressources halieutiques, pilier essentiel de la sécurité alimentaire et de l’économie locale. Elles soutiennent la recherche scientifique, considérée comme un levier fondamental pour comprendre les dynamiques des écosystèmes marins et fonder les décisions sur des données fiables. Ces aires encouragent aussi un tourisme écologique responsable, alternative de développement capable de générer des opportunités économiques sans compromettre les ressources naturelles. Enfin, elles promeuvent une gouvernance environnementale inclusive, intégrant les pêcheurs et les communautés locales en tant qu’acteurs centraux des politiques maritimes.
Cependant, malgré l’ambition de ces objectifs, de nombreux défis persistent. La pêche illégale, sous diverses formes, l’augmentation de la pollution côtière, le déficit de sensibilisation environnementale et les effets accélérés du changement climatique menacent l’équilibre des écosystèmes marins et leur capacité de régénération.
Face à ces enjeux, la mise en place d’un cadre législatif clair et rigoureux s’impose. Ce cadre doit définir précisément les mécanismes de gestion, les responsabilités des acteurs concernés et des sanctions dissuasives capables de mettre un terme aux pratiques destructrices. Aucune aire marine protégée ne peut atteindre ses objectifs sans des dispositifs de gestion et de contrôle efficaces, dotés de ressources humaines et techniques suffisantes pour assurer un suivi continu, collecter des données environnementales et évaluer régulièrement l’état des espèces et des habitats.
Le contrôle ne se limite pas à une formalité administrative : il constitue le socle de l’application des lois, protège les zones de reproduction et contribue à la reconstitution des stocks halieutiques à moyen et long terme.
L’implication des communautés locales, et en particulier des pêcheurs, demeure un facteur déterminant. Lorsque le pêcheur devient partenaire de la décision, la protection cesse d’être perçue comme une contrainte. Elle se transforme en engagement, puis en investissement pour l’avenir.
L’intégration des données scientifiques dans les processus décisionnels garantit des politiques fondées sur la connaissance et renforce la capacité d’adaptation des aires protégées face aux changements environnementaux et climatiques.
Mettre en place des aires marines protégées durables ne se résume donc pas à une simple déclaration administrative. Cela exige une vision globale, combinant législation stricte, gestion rigoureuse, contrôle efficace, participation sociale consciente et expertise scientifique solide. Seule cette complémentarité peut transformer ces espaces en véritables écosystèmes vivants, capables de préserver la biodiversité et de sécuriser l’avenir de la mer et de ceux qui en dépendent.
À l’heure où la dégradation environnementale s’accélère, les aires marines protégées en Tunisie constituent la première ligne de défense du milieu marin. Elles reflètent également le niveau de conscience collective quant à la nécessité de préserver les richesses naturelles. Protéger ces « forteresses bleues » n’est pas seulement un choix environnemental, mais un pari de développement et un engagement humain, garantissant aux générations futures le droit à une mer vivante et équilibrée.




