Le jeudi 20 février 2025, le premier atelier de dialogue national sur les Instruments de Politiques Publiques Sectorielles (IPPS) a été organisé par le Fonds Mondial pour la Nature – Bureau Afrique du Nord (WWF-NA) en partenariat avec le Ministère de l’Environnement.
Cet événement a rassemblé des acteurs clés des institutions publiques, du secteur privé et de la société civile pour réfléchir ensemble aux meilleures stratégies d’intégration de la biodiversité dans les politiques économiques et environnementales du pays.
Différents experts ont pris la parole pour présenter les enjeux et les pistes d’action possibles. Parmi eux, Saba Guellouz et Hela Fatmi, représentantes de WWF-NA, ont introduit l’atelier et son cadre, suivies de Joel Teyssier de l’Agence Française de Développement (AFD) et Hedi Chebili, Directeur général de l’environnement et de la qualité de vie. D’autres intervenants, issus du ministère de l’Environnement, du ministère de l’Économie et de la Planification, du ministère de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche et de l’Assemblée des représentants du peuple, ont également apporté leurs contributions.
La Tunisie dispose-t-elle réellement des moyens politiques, financiers et institutionnels pour assurer une transition efficace vers un modèle économique qui intègre pleinement la biodiversité, ou ces efforts risquent-ils de rester au stade des intentions sans une mise en œuvre concrète et durable ?
Lors de son intervention, Hanen Frichi représentante du ministére de l’agriculture, des ressources hydrauliques et de la péche a souligné l’importance des incitations financières pour améliorer la prise en compte de la biodiversité dans le secteur agricole. Elle a mis en avant plusieurs pistes d’action, notamment les incitations fiscales et financières : « On offre des incitations financières aux agriculteurs qui adoptent des méthodes respectueuses de l’environnement, valorisation des produits locaux par promouvoir des produits issus de l’agriculture durable pour encourager les marchés locaux et réduire la pression sur les ressources en eaux. »
Hanen Frichi, a conclu en insistant sur le potentiel du bassin versant de la Medjerda : » Le bassin versant de Majerda peut devenir une région de gestion durable pour la production agricole. «
Mohamed Ali Dridi, représentant du ministère de l’Environnement, a quant à lui insisté sur la nécessité d’une intégration à grande échelle : « On parle de l’intégration de la biodiversité à tous les niveaux, la création des aires protégées comme des structures ou des aires pour le développement durable dans ces zones adjacentes, remettre l’état et la restauration des écosystèmes dégradés, respecter et préserver le savoir-faire. »
De son côté, Mohamed Ali Fnira représentant de l’assemblée des représentants du peuple a mis en avant le rôle du cadre législatif dans l’intégration de la biodiversité dans le secteur économique et les initiatives parlementaires qui pourraient être mises en place : « Mise en place des incitations fiscales et des taxes pour lutter contre les activités nuisibles qui impactent la biodiversité pour diminuer la dégradation de la biodiversité. »
Au programme de cette journée, plusieurs thématiques ont été abordées, notamment la planification nationale pour la conservation de la biodiversité, les défis réglementaires et institutionnels, ainsi que les outils pour favoriser un dialogue efficace entre les différents secteurs économiques. Les participants ont échangé lors de travaux de groupes avant de clôturer la journée par une discussion plénière sur la priorisation des mesures à mettre en place.
Biodiversité et économie : une approche collaborative avec le projet BIODEV 2030
L’atelier du 20 février s’inscrit dans le cadre du projet BIODEV 2030, une initiative visant à intégrer la conservation de la biodiversité dans les pratiques économiques à travers une approche collaborative et expérimentale.
Ce projet est financé par l’Agence Française de Développement (AFD), coordonné par Expertise France (EF) et mis en œuvre en Tunisie par WWF Afrique du Nord (WWF-NA), en appui au ministère de l’Environnement. BIODEV 2030 œuvre activement pour appuyer le gouvernement dans la mise en œuvre du Cadre Mondial de la Biodiversité Kunming-Montréal, adopté lors de la COP15.
Ses principaux objectifs incluent l’intégration des valeurs de la biodiversité dans les politiques publiques et économiques, l’engagement des acteurs du secteur privé dans la réduction de leur impact écologique, l’identification et la suppression des subventions néfastes pour la biodiversité et la mobilisation de financements publics et privés pour soutenir les engagements en faveur de la biodiversité ainsi que l’incitation des acteurs économiques et publics à adopter des pratiques durables conciliant développement et préservation des écosystèmes.
Biodiversité : retour sur la première phase du projet BIODEV 2030
En Tunisie, la première phase du projet BIODEV 2030 a permis d’établir une dynamique de dialogue entre différents acteurs économiques et institutionnels. Cette phase a suivi trois étapes essentielles tel que Diagnostic scientifique des impacts des secteurs économiques sur la biodiversité Concertation et échanges entre experts et parties prenantes et Co-construction d’engagements volontaires, signés par plusieurs acteurs majeurs, dont le Conseil Bancaire et Financier, la filière des eaux minérales conditionnées et la Chambre nationale des Producteurs de Ciment.
Cette première phase a abouti à l’identification du bassin versant de la Medjerda comme territoire pilote pour la phase suivante, avec un accent particulier sur la gestion durable des ressources en eau.
Biodiversité et politiques publiques : quels défis pour la Tunisie ?
Malgré les avancées du projet BIODEV 2030, plusieurs contraintes freinent encore l’intégration effective de la biodiversité dans les politiques économiques et environnementales en Tunisie. Ces obstacles incluent Des lacunes juridiques et réglementaires, qui limitent l’application des mesures de protection de la biodiversité, Des faiblesses institutionnelles, avec un manque de coordination entre les différents ministères et organismes concernés, Un déficit de ressources humaines et financières entravant la mise en œuvre des actions engagées et Une insuffisance des connaissances scientifiques* sur la biodiversité et ses interactions avec les secteurs économiques.
Face à ces défis, les acteurs impliqués dans le projet BIODEV 2030 poursuivent leurs efforts pour élaborer des solutions adaptées et renforcer l’engagement national en faveur de la biodiversité.
Vers une nouvelle ère de coopération pour la biodiversité en Tunisie
Le projet BIODEV 2030 et les dialogues multi-acteurs qu’il suscite constituent une opportunité majeure pour repenser le développement économique en accord avec les impératifs écologiques.
En impliquant à la fois les institutions publiques, les entreprises et la société civile, cette initiative contribue à bâtir un modèle économique plus respectueux de la biodiversité.
La Tunisie, en s’appuyant sur ces travaux, pourrait ainsi devenir un exemple en matière d’intégration des enjeux environnementaux dans ses politiques sectorielles. L’enjeu est de taille : concilier développement économique et préservation de la biodiversité pour assurer un avenir durable aux générations futures.