ArticlesSliders

Stratégie nationale de développement durable des forêts et des parcours en Tunisie (2026–2050)

l’humain au cœur de la protection de la biodiversité

Mabrouka Khadhir – Cosmos Media Tunisie

Dans un contexte marqué par l’intensification des défis environnementaux et l’accélération des effets des changements climatiques, la Tunisie franchit une étape qualitative vers la redéfinition de sa relation avec ses ressources naturelles à travers le lancement de la Stratégie nationale de développement durable des forêts et des parcours pour la période 2026–2050.

Cette stratégie ne constitue pas une simple feuille de planification, mais reflète une transformation profonde de la vision, fondée sur le passage d’une gestion traditionnelle des ressources à une approche globale plaçant l’être humain au cœur de l’équation, en tant qu’acteur essentiel de la protection de la biodiversité.

La capitale Tunis a accueilli, le 16 avril 2026, un atelier organisé par le Fonds mondial pour la nature en Afrique du Nord, en partenariat avec la Direction générale des forêts, avec une large participation comprenant des institutions publiques, le secteur privé, des représentants de la société civile, ainsi que des partenaires internationaux, des experts et des médias. Cette diversité de participants reflète la nature de l’enjeu, la protection des forêts et des parcours n’étant plus la responsabilité d’un seul secteur, mais un projet national fédérateur.

De l’évaluation au renouveau : enseignements du passé et enjeux futurs

Cette stratégie s’inscrit dans la continuité des acquis réalisés lors de la mise en œuvre de la stratégie précédente (2015–2024), qui a contribué à ancrer une approche plus participative et à accorder aux communautés locales un rôle avancé dans la gestion des ressources naturelles. Toutefois, les défis émergents, notamment les changements climatiques, la dégradation des écosystèmes et l’augmentation de la pression humaine, ont imposé une révision en profondeur des outils et des visions.

Dans ce cadre, Noufel Ben Haha, Directeur général de la Direction générale des forêts au ministère de l’Agriculture et de la Pêche maritime, a souligné que la phase à venir exige « le passage d’une logique de protection conjoncturelle à une logique de résilience à long terme, à travers l’intégration de la dimension environnementale dans les politiques de développement et le renforcement de la gouvernance locale des ressources naturelles ». Il a insisté sur le fait que cette stratégie ne se limite pas à la protection du couvert forestier, mais s’étend à la restauration des écosystèmes dégradés et à l’amélioration de la productivité des parcours, afin de garantir la durabilité des ressources au profit des générations futures, tout en soulignant l’importance de combiner les savoirs scientifiques et les savoirs locaux.

Il a ajouté que les pressions croissantes sur les ressources naturelles exigent l’adoption d’approches plus flexibles et anticipatives, et que le succès de cette vision demeure tributaire de l’implication des populations locales en tant que partenaires effectifs dans toutes les étapes de la planification, de la mise en œuvre et du suivi, notamment dans les zones forestières.

Cette stratégie repose sur des axes complets et intégrés, à travers de grands programmes visant le développement et la valorisation des ressources forestières et pastorales par l’amélioration des écosystèmes tels que les forêts, les zones d’alfa et les parcours, ainsi que la valorisation des produits forestiers comme le liège, les plantes aromatiques et le miel, en plus du soutien à l’écotourisme. Elle met également l’accent sur la restauration et la protection des écosystèmes à travers le reboisement, la réhabilitation des forêts dégradées, la restauration des forêts incendiées et le développement des aires protégées.

Parallèlement, elle accorde une importance à la réforme institutionnelle à travers la modernisation de l’administration forestière, le développement des mécanismes de gouvernance, le soutien aux organisations locales et la stimulation de l’investissement. Dans le cadre de l’accompagnement des transformations technologiques, la Direction générale des forêts œuvre à l’intégration des solutions fondées sur la nature et au développement du concept de « forêt intelligente » à travers des systèmes d’information numériques pour le suivi des forêts et la prévention des incendies, ce qui améliore l’efficacité des interventions et réduit les risques.

Mise en œuvre et financement

Au niveau de la mise en œuvre, la stratégie souligne que l’atteinte de ses objectifs nécessite la mobilisation de ressources financières importantes, qui seront assurées à travers le financement public, le renforcement des partenariats internationaux et l’adoption de mécanismes innovants tels que le paiement pour services écosystémiques.

Dans ce contexte, Noufel Ben Haha a insisté sur la nécessité de développer de nouveaux outils de financement et de renforcer la coopération avec les bailleurs internationaux afin d’assurer la durabilité de la mise en œuvre, considérant que la Tunisie dispose des atouts nécessaires pour réussir cette vision, malgré les défis liés à la coordination entre les différents acteurs et à la garantie d’un engagement collectif à long terme.

Un processus participatif pour construire une vision collective

Le processus participatif d’élaboration de cette stratégie constitue l’un de ses principaux éléments distinctifs, puisqu’il s’est étendu sur toute l’année 2025 à travers l’organisation d’ateliers régionaux et de discussions techniques approfondies, impliquant divers acteurs allant des agriculteurs et éleveurs aux experts et représentants de la société civile, ce qui a permis de construire une vision collective ancrée dans la réalité du terrain.

À cet égard, Slim Jeradi, Directeur du programme des écosystèmes terrestres et des changements climatiques au Fonds mondial pour la nature en Afrique du Nord, a précisé que l’approche adoptée a dépassé le simple cadre consultatif pour assurer une implication réelle de toutes les parties prenantes, y compris les collectivités locales et les populations des zones forestières. Cela a renforcé le sentiment d’appropriation collective et permis d’intégrer les savoirs locaux et les connaissances traditionnelles dans la gestion des ressources naturelles, en tant que levier essentiel pour concilier protection des écosystèmes et amélioration des moyens de subsistance.

Cette approche s’inscrit dans une nouvelle vision fondée sur le slogan « L’humain renforce la biodiversité », reflétant une transformation profonde dans la compréhension de la relation entre l’homme et la nature. Dans ce cadre, Jamel Jrijer le Directeur du Fonds mondial pour la nature en Afrique du Nord, a affirmé que l’équilibre entre développement économique et préservation de l’environnement passe par l’autonomisation des communautés locales et la mise en place d’alternatives économiques durables, en cohérence avec le cadre mondial de la biodiversité et ses objectifs, notamment celui de protéger 30 % des écosystèmes d’ici 2030.


Sur cette base, la stratégie repose sur des axes complets et intégrés incluant le développement et la valorisation des ressources forestières et pastorales, la restauration des écosystèmes, la réforme institutionnelle et l’adoption du concept de « forêt intelligente » à travers des systèmes numériques de suivi et de prévention des incendies, afin d’améliorer l’efficacité des interventions et de garantir la durabilité des ressources naturelles.

L’humain renforce la biodiversité : une nouvelle philosophie du développement

La stratégie SNDDFP 2026-2050 adopte le slogan « L’humain renforce la biodiversité », traduisant un changement de perception de la relation entre l’homme et la nature, passant d’un rapport fondé sur la pression et l’exploitation à un partenariat basé sur la protection et la durabilité.

Dans ce cadre, Jamal Jrijer, Directeur du Fonds mondial pour la nature en Afrique du Nord, a souligné que l’équilibre entre développement économique et préservation de la biodiversité passe par l’autonomisation des communautés locales et la mise en place d’alternatives économiques durables réduisant la surexploitation des ressources, affirmant que « investir dans la nature revient fondamentalement à investir dans l’humain ».

Il a également précisé que cette stratégie constitue une étape clé dans l’alignement des politiques nationales avec le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal, indiquant que ce cadre n’est plus un simple engagement théorique, mais une référence opérationnelle pour orienter les politiques publiques vers une protection plus efficace et mesurable.

Il a ajouté que la Tunisie, à travers cette stratégie, entre dans une phase avancée d’engagement environnemental, en intégrant les objectifs de biodiversité dans la planification sectorielle, notamment dans les domaines des forêts et des parcours, en cohérence avec l’objectif mondial « 30×30 » visant à protéger 30 % des terres et des écosystèmes d’ici 2030. Il a estimé que la valeur de cette stratégie réside dans sa capacité à traduire les engagements internationaux en actions concrètes sur le terrain, renforçant la résilience des écosystèmes et soutenant les communautés locales, en cohérence avec les principes de justice sociale et de développement durable, ajoutant que le succès de cette démarche pourrait constituer un modèle régional en Afrique du Nord.

Axes stratégiques multidimensionnels

La stratégie nationale de développement durable des forêts et des parcours pour la période 2026–2050 repose sur plusieurs orientations majeures, notamment :

• Renforcer la résilience des écosystèmes forestiers et pastoraux face aux changements climatiques
• Développer des chaînes de valeur durables pour les produits forestiers et pastoraux
• Promouvoir l’économie verte et créer des emplois locaux
• Améliorer les systèmes de gouvernance, de suivi et d’évaluation
• Renforcer la recherche scientifique et l’innovation dans la gestion des ressources naturelles

Dans ce contexte, Ali Al-Abab, expert en développement et superviseur de l’étude évaluative, a présenté les résultats de l’évaluation de la stratégie précédente (2014–2025), indiquant qu’elle a contribué à ancrer une approche participative et à accorder aux communautés locales un rôle avancé dans la gestion des ressources naturelles. Cette évaluation a montré des progrès notables, notamment dans l’intégration de l’approche participative, le lancement d’expériences de gouvernance locale et la mise en œuvre de projets de terrain dans les domaines du reboisement et de l’amélioration des parcours.

Cependant, ces acquis n’ont pas occulté certaines insuffisances, notamment le manque de coordination entre les différents acteurs, la limitation du financement, qui n’a pas dépassé 44 % des estimations, ainsi que le déficit en ressources humaines, couvrant seulement 29 % des besoins, et l’absence d’un système efficace de suivi et d’évaluation, ce qui a conduit à un écart notable entre la planification et la mise en œuvre.

Dans ce contexte, Ali Al-Abab a souligné que ces dysfonctionnements imposent aujourd’hui de passer à des programmes intégrés à long terme, fondés sur l’articulation entre les dimensions environnementales, économiques et sociales.

De son côté, Noufel Ben Haha, représentant de la Direction générale des forêts, a mis en évidence que les défis émergents, notamment les changements climatiques, la dégradation des écosystèmes et la pression humaine croissante, nécessitent une révision profonde des approches et un passage vers une logique de résilience à long terme. Il a insisté sur le fait que la stratégie ne se limite pas à la protection du couvert forestier, mais inclut également la restauration des écosystèmes et l’amélioration de la productivité des parcours, tout en soulignant l’importance de combiner savoir scientifique et savoir local et d’adopter des approches flexibles et anticipatives.

Ali Al-Abab a ajouté que la réussite de cette vision dépend de l’implication des populations locales en tant que partenaires effectifs, ainsi que de l’intégration des solutions fondées sur la nature et du développement d’outils numériques pour le suivi des forêts et la prévention des incendies. Il a également insisté sur la nécessité de mobiliser des ressources financières importantes à travers le renforcement des partenariats internationaux et l’adoption de mécanismes innovants, tels que le paiement pour services écosystémiques, malgré les défis liés à la coordination entre les acteurs et à la garantie d’un engagement collectif à long terme.

Il a conclu en affirmant que la nouvelle stratégie repose sur une vision plus globale intégrant la dimension climatique, s’appuyant sur des indicateurs de performance clairs et mettant l’accent sur la création de valeur économique à partir des ressources forestières et pastorales afin d’en assurer la durabilité et de renforcer leur contribution au développement national.

Un atelier au-delà de la présentation : vers un avenir plus équilibré et durable

L’atelier du 16 avril ne s’est pas limité à la présentation du contenu de la stratégie, mais a constitué un espace interactif de dialogue et d’échange, permettant aux participants d’exprimer leurs propositions et leurs attentes, ce qui contribue à améliorer la qualité de cette vision commune et à renforcer ses chances de réussite sur le terrain.

Face à l’accélération des défis environnementaux, cette stratégie représente une étape essentielle vers le rétablissement de l’équilibre entre l’homme et la nature. Elle ne se limite pas à la protection des forêts et des parcours, mais vise à instaurer un nouveau modèle de développement fondé sur la durabilité, la justice environnementale et l’implication de l’ensemble des acteurs.

Le succès de cette vision dépendra de la capacité à la traduire en pratiques concrètes et en résultats tangibles. Toutefois, il est certain que placer l’humain au cœur de cette équation, en tant que partenaire de la protection et non simple consommateur des ressources, constitue la clé fondamentale pour préserver la biodiversité et en garantir la durabilité pour les générations futures.

Bouton retour en haut de la page