Ikbel Arouri –chercheur spécialisé dans le patrimoine culturel – Cosmos media
L’Institut Supérieur des Métiers du Patrimoine de Tunis (ISMPT), institution rattachée à l’Université de Tunis, a organisé une journée d’études intitulée « Le vol et la trace : l’oiseau dans l’histoire, les arts, le patrimoine et l’imaginaire ». Placée sous la coordination scientifique du Dr Ferdaous Ben Salem et du Dr Wafa Allaya, cette manifestation scientifique s’inscrit dans la stratégie d’ouverture de l’université sur son environnement socio-économique et son partenariat avec la société civile. En collaboration avec l’association « Les Amis des Oiseaux » (AAO), partenaire de BirdLife International, cet événement a visé à décloisonner les disciplines académiques pour promouvoir une vision intégrée de la sauvegarde et de la valorisation du patrimoine.
Depuis les mosaïques romaines jusqu’aux algorithmes du monde numérique, la figure de l’oiseau traverse les siècles comme un signe inépuisable. C’est autour de ce motif migrateur que l’ISMPT a choisi de réunir chercheurs, étudiants et acteurs associatifs. Fruit d’un partenariat étroit avec l’Association « Les Amis des Oiseaux » (AAO), représentante de BirdLife International, cette rencontre souligne l’ouverture de l’institution universitaire sur son environnement direct. L’objectif est clair : démontrer que le patrimoine naturel est une partie intégrante et indissociable du patrimoine culturel, nécessitant une approche pluridisciplinaire.
Un voyage académique interdisciplinaire
La journée s’articule autour de plusieurs sessions qui font dialoguer l’histoire, les croyances populaires, l’écologie et même les nouvelles technologies.
Dès l’ouverture, la figure universelle de l’oiseau est interrogée par Esmahen ben Moussa, qui l’explore à travers les mythes et les religions comme un médiateur entre la terre et le ciel, incarnant la liberté et la transcendance. Cette symbolique du pouvoir et de la protection se retrouve dans l’Antiquité, comme le démontre Zakia Elloum à travers son analyse iconographique des oiseaux frappés sur les monnaies romaines. Plus près de nous, l’anthropologie historique s’invite avec Mohamed Frini, qui décrypte les fonctions socio-économiques et culturelles des oiseaux dans la Régence de Tunis aux XVIIIe et XIXe siècles.
L’ancrage de l’oiseau dans la mémoire collective est également mis en lumière par Hédi Aissa, qui plonge au cœur de la culture populaire tunisienne. En prenant pour modèles la cigogne blanche, le corbeau et la chouette blanche, il rappelle comment le volatile oscille dans notre imaginaire entre créature de bon augure et symbole de mauvais présage. Fait surprenant, cette symbolique aviaire a même colonisé nos écrans : Insaf Ben Brahim dévoile pourquoi l’industrie de la haute technologie (la « Tech ») a fait de l’oiseau son totem de prédilection, transformant des concepts numériques abstraits en images familières.
Urgence écologique et passage à l’action
Cependant, célébrer l’oiseau dans l’art et l’histoire serait vain sans se soucier de sa survie matérielle. Le volet écologique de la journée lance un appel fort à la sauvegarde de la biodiversité. Sami Rabeh met l’accent sur l’importance de la liste rouge et les défis de conservation face à la diversité des écosystèmes tunisiens. Une alerte renforcée par Moujib Qabous, qui souligne le rôle crucial des zones humides du Grand Tunis comme couloirs migratoires vitaux. Saida Hammami vient couronner ces constats en rappelant l’alliance millénaire et l’interdépendance vitale qui unissent l’avifaune au monde végétal.
De la théorie à la pratique : valorisation in situ
Conformément à la mission de l’ISMPT de former des professionnels du terrain, l’après-midi a été consacrée à des activités pratiques. Outre la présentation d’une exposition par l’AAO, les participants ont pris part à des ateliers de recensement et d’identification de l’avifaune et de la flore au sein même du jardin de l’institut. Des actions concrètes, telles que la confection et la pose de nichoirs, ont illustré la volonté de l’établissement d’agir directement pour la biodiversité urbaine.
Cette journée d’études marque le début d’une série d’initiatives visant à inscrire durablement la trace de ces échanges interdisciplinaires, avec la publication prochaine des actes de la journée pour fixer les acquis de cette coopération entre l’université et ses partenaires.










