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Faut-il vraiment beaucoup d’eau pour bien nettoyer ?

Cosmos media: A.N.

« Si je ne nettoie pas le sol avec de l’eau deux fois, je n’ai pas l’impression qu’il soit vraiment propre », raconte Samira, une habitante de Sfax. À Tunis, Karim, lui, ne conçoit pas le nettoyage de sa terrasse sans utiliser une grande quantité d’eau avec un tuyau. Il affirme : « Un seau d’eau ne suffit pas pour nettoyer ; il faut que l’eau coule pour enlever toute la poussière. »

Ces comportements, répétés dans de nombreux foyers tunisiens, traduisent une idée largement répandue selon laquelle la propreté serait souvent associée à une consommation importante d’eau. Les sols sont rincés plusieurs fois, les voitures sont lavées et les espaces intérieurs comme extérieurs sont nettoyés à l’aide de tuyaux ou avec de grandes quantités d’eau et les robinets restent fréquemment ouverts pendant les tâches ménagères.

En Tunisie, pays confronté à une crise hydrique croissante, la propreté reste ainsi largement liée à l’usage abondant de l’eau. Pourtant, les données scientifiques indiquent que cette croyance ne repose pas sur un fondement scientifique et qu’elle contribue au gaspillage de « l’or bleu », une ressource devenue de plus en plus rare et stratégique.

D’où vient cette idée ?

La persistance de cette croyance peut s’expliquer par plusieurs facteurs. Comme de nombreuses pratiques domestiques, les méthodes de nettoyage se transmettent d’une génération à l’autre, jusqu’à devenir des habitudes quotidiennes. Par ailleurs, dans l’imaginaire collectif, l’eau reste fortement associée à la pureté, à l’assainissement et à l’élimination des impuretés.

Cette symbolique est profondément liée aux traditions religieuses. Dans plusieurs religions, l’eau occupe une place centrale dans les rites de purification. En islam, première religion en Tunisie, les ablutions représentent la forme de purification la plus courante avant chaque prière et sont réalisées uniquement avec de l’eau, sans ajout d’autres produits. Dans le christianisme, l’eau est associée au baptême, qui symbolise l’entrée dans la foi et le pardon des péchés. Dans les deux cas, elle renvoie à une même idée, celle de la purification, à la fois physique et symbolique.

Au-delà des perceptions culturelles, la majorité des habitations tunisiennes sont conçues avec des systèmes d’évacuation permettant de déverser facilement de grandes quantités d’eau sur les sols, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des maisons. Les évacuations au sol sont notamment fréquentes dans différentes parties des habitations, en particulier dans les maisons dites « traditionnelles ».

À l’inverse, dans de nombreux pays, les logements disposent rarement de systèmes d’évacuation dans les différentes pièces, ce qui influence les méthodes de nettoyage utilisées. Ces habitations privilégient davantage l’utilisation de serpillières humides, de chiffons en microfibres ou de produits vaporisés directement sur les surfaces, plutôt que le rinçage systématique avec de grandes quantités d’eau. L’organisation des logements peut donc influencer les habitudes de nettoyage et les modes de consommation.

La quantité d’eau garantit-elle vraiment l’efficacité du nettoyage ?

Au-delà des idées héritées et largement répandues parmi les Tunisiens, chaque type de nettoyage et chaque situation liée à la présence de bactéries ou de virus nécessite une méthode adaptée. Cependant, pour le nettoyage domestique courant, l’efficacité repose principalement sur trois facteurs, l’action mécanique (frotter, brosser, essuyer), les produits utilisés et le temps de contact entre le produit nettoyant et la surface.

L’utilisation de grandes quantités d’eau ne constitue donc pas une solution en elle-même. Doubler ou tripler la quantité d’eau utilisée n’améliore pas automatiquement le résultat. Dans de nombreux cas, un seau, une serpillière ou un vaporisateur permet d’obtenir un niveau de propreté similaire avec une consommation d’eau beaucoup plus faible.

Bien que les Nations unies aient reconnu, le 28 juillet 2010, le droit à l’eau et à l’assainissement comme un droit fondamental, essentiel à la vie et au respect des droits humains, cette reconnaissance ne doit pas masquer une réalité essentielle, celle d’une ressource en eau qui demeure limitée et fragile.

Depuis plusieurs années, de nombreux experts et acteurs économiques alertent sur son importance stratégique. Certaines institutions financières, comme Goldman Sachs, ont même évoqué l’idée que « l’eau pourrait devenir le pétrole du XXIᵉ siècle », car sans eau, il ne peut y avoir ni économie, ni développement, ni société.

Ainsi, cette croyance, même si elle peut sembler anodine pour certains, entraîne des conséquences de plus en plus préoccupantes en Tunisie, qui figure parmi les pays les plus exposés au stress hydrique dans le monde. Le changement climatique perturbe profondément le cycle de l’eau, avec une multiplication des périodes de sécheresse prolongées. Par ailleurs, la diminution importante des réserves disponibles ces dernières années a accentué la pression sur les ressources, et les coupures d’eau répétées témoignent de tensions croissantes sur l’approvisionnement.

En outre, l’eau douce directement disponible pour les usages humains représente moins de 1 % de l’ensemble de l’eau présente sur Terre. Cette ressource est aujourd’hui menacée par plusieurs facteurs, notamment la surexploitation des nappes phréatiques, qui accélère leur épuisement et favorise, dans certaines régions côtières, la salinisation des sols. L’eau n’est pas non plus une ressource gratuite, son pompage, son traitement, sa distribution et son assainissement nécessitent d’importantes quantités d’énergie.

Des alternatives pour nettoyer sans gaspiller l’eau

Face à la raréfaction des ressources hydriques, plusieurs pratiques simples permettent de réduire la consommation d’eau tout en maintenant un bon niveau d’hygiène domestique. L’une d’entre elles consiste à privilégier l’utilisation d’un seau plutôt qu’un tuyau, notamment pour le lavage des sols ou des véhicules. Cette méthode permet de mieux contrôler les quantités utilisées et de limiter le gaspillage.

Dans de nombreux cas, l’eau n’est d’ailleurs pas indispensable. Un simple balayage peut éliminer une grande partie de la poussière et des saletés sans utiliser d’eau. Lorsqu’un nettoyage plus approfondi est nécessaire, notamment pour les espaces extérieurs, l’utilisation d’un seau rempli d’eau de pluie peut contribuer à réduire le recours à l’eau potable.

À l’intérieur des habitations, notamment pour nettoyer les surfaces de cuisine ou les meubles, l’utilisation de chiffons, d’éponges naturelles ou en coton biologique, associée à un vaporisateur, permet d’obtenir un bon niveau de propreté tout en réduisant considérablement la consommation d’eau et de produits nettoyants.

La récupération des eaux de pluie constitue également une solution adaptée, puisqu’elles peuvent être utilisées pour arroser les jardins, nettoyer les espaces extérieurs ou laver les véhicules. Certaines familles et certaines régions ont déjà commencé à adopter cette pratique, qui fournit une ressource complémentaire et limite l’utilisation de l’eau potable pour des usages non essentiels.

L’idée selon laquelle une grande quantité d’eau serait nécessaire pour garantir un nettoyage efficace s’explique davantage par une habitude culturelle que par des données scientifiques établies. Les recherches sur les pratiques de consommation montrent que l’efficacité du nettoyage dépend principalement des méthodes utilisées et des produits employés, plutôt que du volume d’eau consommé.

Dans un contexte de pression croissante sur les ressources hydriques en Tunisie, la réduction de la consommation d’eau dans les usages domestiques constitue désormais un enjeu environnemental majeur. Chaque litre économisé participe à la préservation d’une ressource essentielle, dont la disponibilité représente un défi croissant pour l’avenir du pays.

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